INTERNET / Le Festival de télévision de Luchon vient de lui donner ses lettres de noblesse
La puissance créatrice de la web fiction
CHARLINE VANHOENACKER
mardi 12 février 2008, 12:14
La création s'est réfugiée sur internet, un espace de liberté qui n'est pas bridé par l'audience. Le Festival du film de télévision de Luchon, qui s'est achevé le week-end dernier, a donc ouvert ses portes pour la première fois à la web fiction, « pauvre par l'économie mais noble par la création et mieux vaut ça que le contraire ! », résume Jean Cressant, le nouveau directeur de ce festival, qui dirige également mativi.fr, télévision sur la toile.
Au Québec, le succès des Têtes à claques sur le web a mené ce programme court à la télévision. En France, La minute blonde de Canal+ prend aussi sa source sur internet. Désormais, une cellule de veille est chargée de recenser la dizaine de milliers de fictions francophones qui fleurissent sur Youtube ou Dailymotion. Et quelques rares producteurs de « l'audiovisuel traditionnel », comme David Kodsi (Kien Productions), produisent des web fictions, pourtant très singulières au niveau du format et de l'écriture.
« La moyenne du format est de 4 minutes et 36 secondes : c'est court et rapide. Le 52 minutes ne fonctionne pas du tout, le 26 minutes, un peu, mais il marche moins bien que le 13 minutes. Plus c'est court, plus ça fonctionne », explique Jean Cressant, qui donne pour exemple cette vidéo où un gendarme traverse in extremis avant le passage en trombe de la voiture du champion du monde de rallye, Sébastien Loeb : quelques secondes à peine, mais visionnées des dizaines de milliers de fois.
Quant au mode de production, il est léger, facile et rapide : aux antipodes de l'industrie des téléfilms. Et pour s'appeler « web fiction », la création doit être tournée, produite et diffusée uniquement sur internet. Ce qui est destiné à une chaîne de télévision et atterrit finalement sur le web ne vaut pas.
Voilà le critère fondamental de cette première sélection effectuée par le festival de Luchon, qui a proposé aux internautes de voter pour les meilleures créations. « Nous avons comptabilisé plus de 24.000 visites en deux jours. »
L'an prochain, le genre entrera officiellement en compétition par catégories. Pour l'instant, c'est le genre comique et court qui domine largement. Mais il est amené à se diversifier. « La web fiction de genre va mettre du temps à s'installer. Elle s'apparente en télé au programme court, et si on observe son évolution, on voit que dix ans après, on fait toujours la même chose qu'Un gars, une fille. Un type de programme qui peut créer une habitude chez le téléspectateur, presque malgré lui, s'il allume sa télé avant le journal. Mais l'internaute est beaucoup moins passif que le téléspectateur », explique François Chabert, comédien, scénariste et réalisateur qui s'est lancé depuis un an dans la web fiction.
« La notation de ces créations, lors du prochain festival de Luchon, restera un vote avec un nombre d'étoiles, car même attribuer une note ferait entrer la web fiction dans une logique proche de l'audience. » Si le téléspectateur peut zapper, l'internaute a aussi vite fait de cliquer : les créateurs de fictions sur internet sont même davantage confrontés au défi de la fidélisation. « Il faut créer un rendez-vous avec la date de mise en ligne, et terminer chaque épisode avec un cliffhanger », explique une jeune créatrice. Et quand un acteur de cinéma comme Jean-Pierre Darroussin, présent au festival, se penche sur la web fiction, il en déduit : « Au cinéma, l'écran domine le spectateur. Quand ce spectateur domine une petite image, il faut qu'elle soit pleine d'effets. »
La diffusion est aujourd'hui gratuite, parce que le genre est en pleine phase d'ascension promotion. « Mais elle devra rester gratuite », estime Jean Cressant. Le modèle économique reste à inventer. Actuellement, c'est donc le moment où jamais pour la création d'utiliser sa puissance de feu, car sa liberté totale sera à terme organisée par un modèle, comme ce fut le cas lors de l'explosion des radios libres. Par ailleurs, les grandes chaînes de télévision, qui commencent à s'intéresser aux web fictions, ont raté le train. « Surtout TF1, qui pourtant dispose depuis longtemps du puissant outil Bouygues. Quant à France Télévisions, elle tente de raccrocher les wagons », explique Jean Cressant.
Dans le champ des possibles, le modèle économique du « Partering syndication » pourrait émerger. Le système du « partering » valut aux feuilletons américains d'être baptisés « soap opera », car une marque de lessive apparaissant aux génériques de début et de fin avait inauguré cette forme de partenariat pour fidéliser les femmes à la maison. Un annonceur achète la production et la fait payer au diffuseur. Quant à la syndication, en matière de web, elle permet de rendre disponible une partie du contenu d'un site pour qu'elle soit utilisée par d'autres sites : le site qui diffuse bénéficie ainsi d'une audience plus large.
Pour Thonio, créateur et acteur de la web fiction Télé leur vie, « quand ce n'est pas le diffuseur qui décide, le public reprend ses droits et choisit ses artistes ». Et ce public semble avoir plébiscité cette web fiction, qui a remporté le concours du festival. D'après ses auteurs, Ben et Thonio, Plug TV envisagerait même de leur faire passer le cap du petit écran.
créativité de quoi? Il se semble que cet article, sensé proner la créativité, parle surtout des modèles économiques de l'internet en temps que nouveau média (comment fidéliser le public, comment rentabiliser l'investissement, quelles sont les audiences, quels sont les investisseurs et qu'y a-t-il a gagner, ...). Or, cette mise en avant de ce genre de techniques est-elle compatible avec la créativité (par exemple, le festival anima montre des court-metrages d'animation extremement créatifs, mais ceux-ci sont loin de faire le tapage d'"un gars une fille")? Je ne nie pas que certain produit dont il est question ici sont créatifs, mais ça me semble assez réducteur (au moins tout aussi réducteur que cette vision qui réduirait Internet à un centre commercial virtuel).