Exigences et ambivalences des Français pour les médias
L'intérêt porté aux informations reste constant, même si les questions de fond ne sont pas assez décryptées, selon le baromètre annuel Sofres pour "La Croix"
Lintérêt porté aux informations dispensées par les médias reste à peu près constant (photo Tanneau/AFP).
Comme chaque année à la même époque, La Croix et la Sofres interrogent les Français sur leurs relations avec les médias presse écrite, télévision, radio, Internet et la confiance quils leur accordent.
Les résultats de cette 21e enquête méritent une attention particulière, tant lannée écoulée fut riche dévénements, au premier rang desquels les élections présidentielle et législatives. Mais aussi le décès de labbé Pierre, dont lopinion a approuvé très largement la vaste couverture médiatique, la réforme des régimes spéciaux de retraite, le Grenelle de lenvironnement ou encore laffaire de lArche de Zoé
Sans omettre, bien entendu et cest lobjet de deux questions spécifiques du sondage 2008 , la personnalité de Nicolas Sarkozy et son occupation massive de la « une » médiatique, que les personnes interrogées sanctionnent lourdement lorsquil sagit de sa vie privée.
Soupçon de pression des milieux du pouvoir et de largent
Lintérêt porté aux informations dispensées par les médias reste à peu près constant (72 % se déclarent très ou assez intéressés), tout comme la confiance des Français dans la radio, seul média pour lequel la proportion des confiants dépasse la majorité, avec 57 % des personnes interrogées.
Dans le même temps, le soupçon de pression des milieux du pouvoir et de largent sur les journalistes reste préoccupant, en léger recul cependant par rapport à lan dernier. Peut-être lopinion est-elle finalement moins sensible que le milieu médiatique lui-même aux nouveaux rapprochements entre certains médias, leurs patrons et le pouvoir politique.
Les Français semblent bien davantage préoccupés et plutôt insatisfaits de la place accordée dans la presse, à la télévision ou à la radio aux questions de fond qui touchent, en lobscurcissant souvent, leur vie quotidienne. Le pouvoir dachat, le réchauffement de la planète et la dégradation de lenvironnement, le sort des sans-abri
sont autant de thèmes qui, selon lopinion, ne sont jamais assez abordés, creusés, décryptés.
Mêmes si elles font couler beaucoup dencre, les séduisantes sirènes de la pipolisation nauraient-elles finalement pas plus de pouvoir quun rideau de fumée pour masquer durablement les réelles interrogations et les angoisses davenir des Français ? Cette exigence de lopinion, si elle est bien sincère, sonne comme une bonne nouvelle pour les médias, appelés alors à remplir toujours davantage leur mission dinformation et danalyse.
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Emmanuelle GIULIANI

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