Le pouvoir a peur d'Internet affirme le sociologue Manuel Castells.
Le sociologue Manuel Castells a été professeur à l'Université de Californie aux Etats Unis pendant 24 ans. Il dirige maintenant une recherche à l'Universitat Oberta de Catalunya. Il vient de publier un livre « Hommes et Femmes, un amour impossible ? » Entre autres il affirme : « les personnes qui utilisent Internet pour se communiquer sont plus sociables. Les médias ont un objectif : vendre des nouvelles. Les mauvaises nouvelles se vendent mieux que les bonnes nouvelles. Si vous utilisez Internet, vous et vos enfants, cela est plus intéressant de faire croire qu'Internet est truffé de terroristes, de sites porno, etc.
Penser qu'Internet est un facteur aliénant est plus intéressant que de dire : Internet est le prolongement de votre vie. Si vous êtes sociables, vous serez plus sociables ; si vous ne l'êtes pas, Internet vous aidera un peu. Pourquoi la société pense-t-elle ainsi ? Par la peur de la nouveauté. Peur de passer de l'ancienne à la nouvelle société. Des personnes qui ont le pouvoir ancré dans un monde technologique, social et culturel ancien, ne peuvent le contrôler et le perçoivent comme un danger. Internet est un instrument de liberté et de communication. Or le pouvoir se base sur le contrôle des personnes, à travers l'information et la communication. Mais cela est en déclin, car Internet ne peut pas se contrôler. Le pouvoir peut surveiller mais pas contrôler. Si Internet est si déterminant, son accès peut être un facteur d'exclusion. Le plus important est l'accès au travail et à la carrière professionnelle. Les personnes âgées souffrent de la fracture digitale. Les générations futures n'auront pas ce problème. Tout change très rapidement dans ce monde globalisé. Dans la nouvelle société - toile articulée de façon transversale, les institutions traditionnelles ont moins de contrôle. L'idée répandue est que l'institution centrale de la société, l'Etat, et la famille traditionnelle ne fonctionnent plus. Tout bouge en même temps. Les gens pensent que ses gouvernements ne les représentent pas et ne sont pas fiables. Le marché résout tout et finalement, nous sommes globalisés. Notre argent est quelque part dans un flux global que nous ne contrôlons pas. Internet doit nous permettre d'accéder à l'information. Cela augmente l'incertitude certes, mais cela est un instrument clé de l'autonomie des personnes. Plus une personne est autonome, plus elle utilise Internet. Plus une personne contrôle sa vie moins elle fait confiance aux institutions. Pourquoi voter tous les 4 à 5 ans ? Les réseaux WiFi que les différentes mairies ont mis en place peuvent contrôler l'accès mais ne sont pas capables d'articuler la participation citoyenne. Le problème est que le système politique n'est pas ouvert à la participation, au dialogue permanent avec ses citoyens, à la culture de l'autonomie et des technologies qui éloignent encore davantage la politique des citoyens ».
Réflexion importante sur le pouvoir des Etats, les institutions et Internet. L'autonomie des personnes entre dans un contexte de société –toile vers laquelle nous nous dirigeons très rapidement. Il faut voir en cela une opportunité pour un tout petit pays comme le nôtre. Il faut que notre langue et notre culture soient le principal axe de notre action. Ouvrons nous à l'extérieur en affirmant nos racines. Agir localement en pensant globalement. Les médias conditionnent nos pensées mais perdront de l'importance. Soyons autonomes comme personne. Participons à cette nouvelle société – toile. Nous serons plus libres.



Excellente référence et excellent commentaire, Txampi! C'est aussi un champ auquel je mets beaucoup d'espoir quant au rayonnement du/des Pays basque(s) et des Basques dans un espace de communication globalisé!
Toutefois, sur la potentialité d'actions octroyées par la liberté que permettent les NTIC face aux pouvoirs traditionnels et historiques que sont les Etats, nous sommes également soumis aux déterminants non technologiques, c'est-à-dire culturels et psycho-individuels. Aujourd'hui, c'est ce que nous devons surtout expliquer aux citoyens: pour maitriser les potentialités des technologies nous devons les intégrer dans le processus historiques et technologiques qui les ont vus naitre: aussi, Txampi, l'heure de la mise en marche d'alternatives, réellement démocratiques ne passera que par l'éveil, la compréhension et l'appropriation... en expliquant que l'Etat-nation dans son modèle français tout comme l'Etat plurinational, à mon sens dans le modèle espagnol, ne sont que des avatars d'autres processus historiques. Et, (et là est la marge de manoeuvre), comme tout processus historique, cette situation est amenée à évoluer en interne et en externe, pour peu que les citoyens prennent conscience à la fois de leur potentialités pour réaliser ce qu'ils désirent: aujourd'hui, notamment en Iparralde, la prise de conscience de l'univers des NTIC stagne au minimum, la conscience politique est, me semble-t-il encore plus archaïque: le travail sera long mais je suis convaincu que c'est une des voies à privilégier!
Rédigé par: Txema Angelu | 12/01/2008 at 09:34